RĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© : procĂ©dure dâurgence pour protĂ©ger les libertĂ©s fondamentales
Par Antonin Gavrel - le jeudi 25 septembre 2025 - 8 min de lecture
Référé-liberté : présentation et fonctionnement
Le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© est une procĂ©dure dâurgence qui permet au juge administratif dâintervenir dans un dĂ©lai de 48 heures lorsquâune dĂ©cision administrative porte une atteinte grave et manifestement illĂ©gale Ă une libertĂ© fondamentale.
Ce mĂ©canisme a Ă©tĂ© instaurĂ© par la loi n° 2000-597 du 30 juin 2000, et figure Ă lâarticle L. 521-2 du Code de justice administrative (CJA). Il est proche du rĂ©fĂ©rĂ©-suspension, mais sâen distingue par lâurgence et la gravitĂ© des situations concernĂ©es.
1. Tribunal compétent
- La demande doit ĂȘtre portĂ©e devant le tribunal administratif compĂ©tent en premier ressort.
- MĂȘme si lâaffaire principale relĂšve dâune autre juridiction (cour administrative dâappel, Conseil dâĂtat), seul le tribunal administratif est compĂ©tent pour examiner un rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ©.
- Le tribunal territorialement compĂ©tent est celui qui jugerait le recours au fond (exemple : contestation dâun dĂ©faut dâentretien en prison).
â ïž Si le requĂ©rant saisit un tribunal incompĂ©tent, le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s rejette la demande sans la transmettre (art. R. 522-8-1 CJA).
2. Conditions de recevabilité
- Pas besoin dâavocat pour introduire la requĂȘte.
- La requĂȘte doit citer lâarticle L. 521-2 CJA dĂšs la premiĂšre page.
- Le référé-liberté est irrecevable si le recours principal est tardif : il ne permet pas de « récupérer » un délai expiré.
- Il est interdit de combiner dans une mĂȘme requĂȘte le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© et le rĂ©fĂ©rĂ©-suspension.
đ Les personnes morales doivent prouver la capacitĂ© de leur reprĂ©sentant. đ Un mineur peut agir en rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© dans certaines situations exceptionnelles (exemple : un mineur Ă©tranger isolĂ©).
Le juge peut rejeter immĂ©diatement les requĂȘtes manifestement irrecevables (art. L. 522-3 CJA).
3. Conditions de fond
Pour que le rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© soit accordĂ©, trois conditions doivent ĂȘtre rĂ©unies :
a) Atteinte à une liberté fondamentale
Parmi les libertĂ©s reconnues : libertĂ© dâaller et venir, libertĂ© dâexpression, libertĂ© de culte, droit de grĂšve, droit de propriĂ©tĂ©, droit Ă la vie familiale normale, droit dâasile, droit Ă lâhĂ©bergement dâurgence, etc. Ces libertĂ©s doivent ĂȘtre conciliĂ©es avec les impĂ©ratifs dâordre public.
b) Une atteinte grave et manifestement illégale
- GravitĂ© : au-delĂ dâune simple irrĂ©gularitĂ© de procĂ©dure.
- IllĂ©galitĂ© manifeste : lâillĂ©galitĂ© doit ĂȘtre flagrante et indiscutable.
c) Urgence Ă statuer
Lâurgence est caractĂ©risĂ©e si la dĂ©cision contestĂ©e porte un prĂ©judice immĂ©diat et sĂ©rieux au requĂ©rant ou Ă lâintĂ©rĂȘt public. La saisine doit ĂȘtre faite rapidement : une requĂȘte tardive ne peut pas invoquer lâurgence.
4. DĂ©roulement de lâaudience
- Le juge convoque les parties si la requĂȘte est recevable et sĂ©rieuse.
- En principe, un seul juge statue ; exceptionnellement, trois juges peuvent ĂȘtre rĂ©unis.
- La procĂ©dure est contradictoire mais accĂ©lĂ©rĂ©e : lâessentiel du dĂ©bat se dĂ©roule Ă lâaudience.
- Lâinstruction se clĂŽt Ă la fin de lâaudience sauf prolongation.
- Le rapporteur public nâintervient pas, sauf si lâaffaire est jugĂ©e en formation collĂ©giale.
5. Pouvoirs et décision du juge
- Le juge statue en principe dans les 48 heures.
- Il peut ordonner toutes mesures nĂ©cessaires : suspension de la dĂ©cision administrative, injonctions Ă lâadministration, etc.
- Sa dĂ©cision est provisoire : elle ne vaut pas annulation dĂ©finitive de lâacte contestĂ©.
6. Recours et contestation
- Modification ou suppression : le juge peut adapter ses mesures si des éléments nouveaux apparaissent (art. L. 521-4 CJA).
- Appel : les ordonnances du tribunal administratif peuvent ĂȘtre contestĂ©es devant le Conseil dâĂtat dans un dĂ©lai de 15 jours.
- Cassation : les ordonnances de tri relĂšvent du contrĂŽle de cassation (art. L. 523-1 CJA).